
Réunion Thématique :
Jeudi 13/11
"Immigration"

1. L’ « invasion italienne »
La grande immigration commence à partir du 19ème siècle en raison des besoins de main d’œuvre. Emile Temime nous apprend que l’ « invasion italienne », nom donné à cette
migration, n’est en réalité que des flux réguliers d’italiens arrivants à Marseille. Leur nombre est difficile à chiffrer. Les recensements parlent de 20 000 italiens en 1861, 57 000 en 1881 pour
357 000 habitants. Cela représente 15% de la population. En 1901 ils sont 18% de la population totale de Marseille, soit 91 000 pour presque 500 000 habitants. Ils sont concentrés dans des
quartiers, entassés dans des logements et immeubles en mauvais état. Ils font l’objet d’embauches précaires. En effet Emile Temime parle de l’entassement des ouvriers dans les garnis. Il souligne
le fait que si les immigrés ont des problèmes c’est à cause de l’instabilité de leur situation professionnelle et de l’établissement dans la cité.
Il y a de la xénophobie à Marseille. Les Italiens
sont surnommés les « babis », ce qui donne des Italiens une image dévalorisée. L’Italien est perçu comme le « voyou du quartier ». Ce phénomène n’est pas exclusif à Marseille. Dans un journal
parisien est utilisé le mot « race » au sujet des italiens. Emile Temime explique : « le mécontentement ouvrier se tourne aisément contre les travailleurs étrangers, dès que le chômage fait
masse. Et l’étranger, en cette fin du 19ème siècle, c’est d’abord l’Italien. » . Les Français attaquent les Italiens « reconnaissables au vêtement ou au faciès ». L’image du basané n’est
pas le Maghrébin mais l’Italien. « S’il n’est guère possible de parler de ‘ghetto’ en 1881, il existe sans contexte des quartiers à dominante italienne ». Les conditions de vie des immigrés sont
« des revenus faibles et aléatoires » ou encore « un habitat malsain et précaire ». Mais avec le redémarrage économique la division sociale prime et des actions communes se font entre les
ouvriers français et italiens dès 1889. En 1901 91% de la population étrangère vient de l’Italie. En 1911 les Italiens sont 97 057.
Dès 1907 Marseille accueille les premiers travailleurs coloniaux, ce sont des Kabyles. A la raffinerie de
sucre en 1910 il y a 2 000 Algériens, encore peu, mais ce sont les premiers signes de l’immigration coloniale. 25% de la population est étrangère mais cette migration est difficile à
compter. La guerre de 14-18 est une rupture car il faut des hommes, « puiser le réservoir d’hommes que fournit l’émigration pour répondre à une demande éminemment variable, mais toujours
croissante ». Il y a un appel en Italie mais aussi en Afrique du Nord, et sur ce point-là Marseille est précoce.
Après 1916 c’est par dizaine de milliers que des travailleurs immigrés s’installent à Marseille pour répondre aux besoins de production. Il y a des
Vietnamiens, des Malgaches, des Africains, des Maghrébins. En conséquence il se dessine des quartiers, notamment le quartier algérien à côté de la Porte d’Aix, mais ce sont aussi des bidonvilles
qui se développent.
2. L’entre-deux-guerres
L’entre-deux-guerres est surtout marqué par le lien avec les mondes
lointains avec les grandes compagnies de navigation. La demande de main d’œuvre est toujours forte, et il y a un recours courant aux travailleurs coloniaux. Après la première guerre mondiale il y
a un redémarrage de l’activité économique laquelle fait donc appel à des Italiens, des Grecs, des Espagnols et des Algériens. 22 à 23% de la population marseillaise en 1934 est composée
d’étrangers, ils sont plus de 150 000. Les Italiens sont 127 717, soit 62% de la population étrangère, les Espagnols sont 22 587, soit 11% de la population, les Arméniens sont 19 918 donc environ
10%, sur 204 088 étrangers et réfugiés. Les Russes sont 1,6%.
Le déficit
démographique est comblé par la migration italienne. Ils s’installent dans le quartier du Panier. A Marseille il y a 600 000 habitants, la ville connaît des problèmes de logements et de chômage
dans certains secteurs. Au cours de cette période des listes d’extrême droite vont atteindre 10% aux élections.
Marseille est présentée à cette époque comme « une ville refuge » car elle accueille des réfugiés politiques comme les Arméniens ou les Russes. Les immigrés sont
mal vus à Marseille car il y a des problèmes de logements et d’emplois, ils sont perçus comme « encombrant ».
Quant à l’immigration italienne, le fait que celle-ci soit qu’une implantation durable, et que
par conséquent les Italiens soient devenus français sinon marseillais, dérange moins. Il y a des mariages mixtes. Le racisme se déplace envers les Arméniens qui sont qualifiés de « troupeaux
humains » qui amènent des maladies et qui sont sales. Les Arméniens sont qualifiés de « gros danger public pour le pays tout entier ». A l’époque, il y a des discussions sur le fait de les
interdire à la frontière. En 1923 10 000 arméniens sont estimés à Marseille, mais ce chiffre reste difficile à mesurer. Dans son ensemble, 60 000 arméniens seraient passés à Marseille. En 1935,
15 000 se seraient installés dans les Bouches-du-Rhône. Ceux-ci se seraient installés d’abord à Belsunce puis en périphérie où ils ont repris les métiers des Italiens. L’intégration des Arméniens
est distinguée comme le « modèle d’intégration dans le paysage marseillais. »
3. Le choc de la décolonisation
L’abandon des colonies modifie les flux migratoires en particulier ceux du Maghreb. En 1962, un million de personnes arrive en France après l’indépendance de l’Algérie. De 1954
à 1975 la ville passe de 650 000 habitants à 900 000 habitants. Les travailleurs immigrés s’installent avec leur famille. L’étranger est identifié maintenant au Maghrébin. En 1950 50% des
étrangers sont italiens. En 1975, 8,5% de la population totale est étrangère. Sur 700 000 marseillais, seulement 10 000 sont italiens. 60% des étrangers sont algériens, ils sont 35 000, 6 273
sont Tunisiens et les Marocains sont 2 682 d’après le recensement de l’INSEE.
Après les accords de Genève en 1955, on assiste à une arrivée de Vietnamiens. Les Vietnamiens sont peu
nombreux sur Marseille, ils ne sont que 2 000 sur les 35 000 Vietnamiens qui iront en France entre 1954 et 1960. Ces chiffres sont une estimation. En 1962 Marseille va connaître le choc de la
décolonisation, la ville va voir arriver 200 000 personnes dans une ville de 800 000 habitants. Les Algériens sont « une population de pauvres souvent entassés à plusieurs par chambre ». En 1964
sur les 155 000 rapatriés dans les Bouches-du-Rhône, 120 000 sont Algériens, et un cinquième c’est-à-dire 24 000 s’installent à Marseille.
Les problèmes de logement de la ville sont récurrents, même avant les fortes vagues migratoires. En 1951, 36
000 personnes sont en attente d’un habitat décent. Un bidonville se met en place à St Barthélemy. En conséquence, pendant la période de 1952 à 1964, il y a la construction rapide de logements,
améliorant ainsi l’hygiène. Cela fait émerger le problème de voir des immeubles réservés aux personnes aisées ce qui exclu de fait les immigrés. « Le danger n’est pas forcément d’une ségrégation
ethnique, mais bien plutôt d’une ségrégation sociale (seulement les deux termes se confondent parfois). »
L’extrême droite va être précoce par rapport au reste de la France. En 1986 24,37% des électeurs votent pour l’extrême droite contre 10% pour la France aux
élections législatives. La ville est marquée par la désindustrialisation. Les étrangers vivent dans des conditions précaires, dans des bidonvilles et des cités construites d’urgence. Ils sont
nombreux dans le quartier de la Porte d’Aix et de Belsunce.
En 1973, le
tournant est marqué avec la crise pétrolière. Depuis 1975 la seule immigration de masse est représentée par les comoriens, 6 000 à 7 000 personnes se sont installées à Marseille. Les Comoriens
participent maintenant au« cosmopolitisme » du centre-ville. Ils sont venus s’installer dans le quartier du Panier, qui était autrefois le quartier des Italiens et des Corses. De 1975 à 1990 la
ville passe de 900 000 habitants à 800 000 habitants. La population étrangère est à 9% en 1982, 14 152 viennent de la communauté européenne, 56 700 sont maghrébins, et représentent 70% des
étrangers, les Tunisiens sont 10 000 et les Marocains 4 000. En 1975 les frontières sont fermées à l’immigration.
La religion musulmane devient la deuxième religion de la ville, il y a également une forte communauté juive. « Marseille n’est peut-être pas la ville de
l’assimilation sans nuances, mais elle est, de toute tradition, la ville de la coexistence relativement pacifique entre les différentes Eglises et les différents groupes nationaux, quelque soit
leur appartenance religieuse ». La montée du Front National s’explique alors par la précarité de l’emploi et la montée du chômage. En effet le chômage est de 7% en 1975, 14,2% en 1992, 18,6% en
1990 et 21,3% en 1995. La désindustrialisation diminue le nombre d’emploi ouvrier, donc l’emploi des immigrés. Le travail tertiaire augmente. « La division sociale est plus forte que jamais en
cette fin de 20ème siècle ». « La précarité de l’emploi a toujours été le lot des travailleurs immigrés à Marseille »
Les pauvres issus des vagues migratoires ont toujours mis plusieurs générations à s’intégrer de tout temps.

Quelques chiffres
De 1990 à 1999 chaque année 4 263 étrangers se sont installés.
En moyenne il s’agit d’individus en âge actif, ouvriers
Les quatre premières nationalités sont les Algériens, les Tunisiens, les Marocains et les Italiens.
Plus d’hommes ont immigré à cette période mais c’est une tendance qui s’inverse.
Dans les Bouches-du-Rhône 5 169 étrangers sont arrivés de l’étranger en 2005. Ce sont des Algériens, des Tunisiens, des Marocains, ainsi que des Comoriens
et des Turcs. La classe d’âge est de 26-35ans, et depuis peu plus de femmes s’installent.
Les permanences juridiques mettent en lumière l’importance des Comoriens qui ne sont pas comptabilisés officiellement car beaucoup d’entre eux ont la nationalité
française.
En comparaison d’autres villes en France Marseille de 1990 à 1999 n’a pas plus d’arrivée. Les migrants ont également le même profil que les migrants s’installant
dans d’autres villes que ce soit en termes d’emploi, d’âge ou encore d’origine.
A Marseille le nombre d’expulsés est de 1 121 pour 2 086 personnes en centre de rétention en 2005. 62.4% sont expulsés, ce qui est légèrement au-dessus de la
moyenne nationale qui est à 59.11%.
Identités ressenties selon l’origine
Je me sens Origine
française Origine algérienne Origine comorienne
Moyenne Ecart-type Moyenne Ecart-type Moyenne Ecart-type
Marseillais
8.46 1.39 8.42
1.32 8.00 1.86
Méditerranéen 7.88 2.03
7.64 2.15
6.27 2.47
Français 8.29
1.61 6.27 2.74
5.41 2.71
Européen
6.91 2.57 5.16
3.02 4.89 2.68
Algérien -
- 6.78
2.70 -
-
Comorien -
- -
- 8.29
1.75
Musulman -
- 6.58
3.15 8.7 1.07
Immigré -
- 2.00
2.16 2.87 2.88
Source : Alain Moreau, L’importance de l’identité locale chez les adolescents
marseillais
Bibliographie
- Emile Temime, « Migrance, histoire des migrations à Marseille » Tome 1 à 4
- Marie Usseglio , mémoire de Master 2, « Marseille : terre d’accueil ? »
- ANAEM, CIMADE, INSEE

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